INDE • Peine de mort : une tache indélébile sur la démocratie – Arundhati Roy

16 Feb

INDE • Peine de mort : une tache indélébile sur la démocratie

Condamné à mort pour un attentat contre le Parlement commis en décembre 2001, Afzal Guru a été pendu le 9 février. L’écrivaine et militante Arundhati Roy revient sur la mascarade que fut son procès.

  • The Hindu |
  • Arundhati Roy |
  • 15 février 2013
  • |
  • Condamné à mort, Afzal Guru est escorté par la police de Delhi, le 16 décembre 2012. AFP/Prakash Singh. Condamné à mort, Afzal Guru est escorté par la police de Delhi, le 16 décembre 2012. AFP/Prakash Singh.

Samedi [9 février], juste avant le petit déjeuner, Afzal Guru, le principal accusé dans l’attentat de 2001 contre le Parlement indien, a été pendu en secret et son corps, enterré à la prison de Tihar, à Dehli. Sa femme et son fils n’en ont pas été informés. Aucune importance, ce ne sont que la femme et le fils d’un terroriste cachemiri.

En un moment de rare unité, la nation ou du moins ses principaux partis politiques – le Congrès, le Bharatiya Janata Party (BJP) et le Parti communiste – ont célébré en chœur le triomphe de l’Etat de droit. Même si l’homme est mort et enterré, ils semblaient avoir besoin les uns des autres pour garder courage, comme les lâches qui chassent en meute. Peut-être parce que, tout au fond d’eux-mêmes, ils savaient qu’ils avaient très mal agi.

Le 13 décembre 2001, cinq hommes armés ont franchi les portes du Parlement dans une Ambassador blanche contenant une bombe. Sommés de s’arrêter, ils descendirent de voiture et ouvrirent le feu, tuant huit agents de sécurité et un jardinier. Ils furent tous les cinq tués dans la fusillade qui s’ensuivit. Dans l’une des nombreuses versions des aveux qu’il fit alors qu’il était entre les mains de la police, Afzal Guru a identifié ces hommes comme étant Mohammed, Rana, Raja, Hamza et Haider [ils furent présentés comme “ayant l’air de Pakistanais”]. 

Un procès expéditif

Aujourd’hui encore, c’est tout ce qu’on sait d’eux. Sur la seule base des aveux d’Afzal (que la Cour suprême écarta par la suite en invoquant des “défaillances” et des “violations des garanties procédurales”), le gouvernement rappela son ambassadeur au Pakistan et mobilisa 500 000 soldats à la frontière pakistanaise. On parla de guerre nucléaire. La confrontation dura des mois et coûta des dizaines de milliards de roupies.

Le 14 décembre 2001, la cellule spéciale de la police de Delhi affirma avoir résolu l’affaire. Le 15 décembre, elle arrêta à Delhi le Pr Sar Geelani, “le cerveau”, Showkat et Afzal Guru au Cachemire, puis Afsan Guru, la femme de Showkat. Les médias s’empressèrent avec enthousiasme de propager la version de la cellule spéciale. Zee TV diffusa un docu-fiction intitulé 13 décembre, qui affirmait être “la vérité selon le procès-verbal de la police”. Le film fut diffusé quelques jours seulement avant que la justice ne condamne à mort Afzal, Showkat et Geelani après un procès expéditif. La Haute Cour acquitta ensuite le Pr Sar Geelani et Afsan Guru, mais prononça trois condamnations à perpétuité et deux condamnations à mort contre Mohammed Afzal Guru par un arrêt du 5 août 2005.

Contrairement aux mensonges répandus par certains journalistes expérimentés, Afzal Guru n’était pas l’un des “terroristes qui ont pris d’assaut le Parlement le 13 décembre 2001”, ni l’un de ceux “qui ont ouvert le feu sur le personnel de sécurité”. Même le procès-verbal de la police ne porte pas ces accusations. L’arrêt de la Cour suprême déclare que les preuves sont circonstancielles : “Comme dans la plupart des cas d’association de malfaiteurs, il n’y a et ne peut y avoir aucune preuve directe établissant l’association de malfaiteurs.” Il affirme toutefois que “cet incident […] a secoué tout le pays, et la conscience collective de la société ne sera satisfaite que si la peine capitale est prononcée à l’encontre du coupable”.

Le procès expéditif a commencé en mai 2002. Le monde était encore en pleine frénésie de l’après-11 septembre 2001. Au moment crucial de l’audience – lorsqu’on présente les preuves et que les témoins sont interrogés par l’accusation et la défense –, Afzal Guru, qui était à l’isolement dans une cellule de haute sécurité, n’avait pas d’avocat. Celui que la Cour lui avait commis d’office ne lui avait pas rendu visite une seule fois en prison ; il n’avait convoqué aucun témoin pour sa défense et ne procéda pas au contre-interrogatoire des témoins de l’accusation. Le juge se déclara dans l’incapacité de remédier à cette situation. Comment la police en est-elle arrivée à soupçonner Afzal Guru ? Elle affirme que c’est Sar Geelani qui l’a conduite jusqu’à lui. Or les minutes du procès montrent que l’ordre d’arrêter Afzal a été donné avant l’arrestation de Geelani. La Haute Cour a qualifié cela de “contradiction matérielle”, mais en est restée là. 

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