#Tennis #RolandGarros (Fr-En) “Pour enfin comprendre ce que crient les juges de ligne ” …/ + Tennis Terms

3 Jun

Pour enfin comprendre ce que crient les juges de ligne

http://en.wikipedia.org/wiki/Glossary_of_tennis_terms

 

Tout au long de la quinzaine, 270 juges de ligne se répartissent aux quatre coins des courts de Roland-Garros. Ils viennent de 27 pays différents (de l’Allemagne à l’Australie, de l’Italie à la Chine, de l’Égypte au Japon, du Brésil à Chypre, de la Suède à l’Iran), sont âgés de 15 à 65 ans, 27% d’entre eux sont des femmes, ils sont payés, et ont le droit de conserver leur tenue à la fin du tournoi. Chaque court compte deux équipes de juges qui se relaient toutes les heures. Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les juges de ligne sans jamais avoir osé (ou eu l’idée de) le demander, avec le sympathique Loïc Boucheix, 19 ans, qui vient de la Ligue d’Auvergne, et vit son quatrième Roland au bord des courts.

Une bonne fois pour toutes, qu’est-ce que vous criez exactement quand la balle est dehors ? “Faute” ? “Fault” ? “Out” ? “Hôôôô” ? On a l’impression que certains juges ne savent eux-mêmes pas très bien ce qu’ils crient…
Si, si, on crie “faute”. Enfin, c’est ce qu’il faut crier. Alors parfois on bouffe le “te”, et on crie seulement “fôôô !”. Sur le Central, le son qu’on entend, souvent, c’est “ho !”. C’est aussi que pour certains juges de ligne étrangers, “faute”, ça ne veut rien dire. Eux disent “out” ou “ho !” par habitude. De toutes façons, le principe, c’est qu’on nous entende, pas forcément qu’on comprenne ce qu’on dit.

En fait, tu pourrais crier n’importe quel mot d’une syllabe avec un “o” dedans. “Chaud” ! “Veau” ! “Seau” !
Oui, à la limite, ça pourrait marcher. Mais on ne le fait pas.

Tu travailles ton cri avant le match ? Tu t’échauffes la voix ? Tu bois de l’eau pour t’éclaircir la gorge ?
On ne fait pas d’exercices de vocalises ou d’échauffement de la voix, mais on essaie de faire attention à ne pas prendre de coup de froid pendant le tournoi, parce que sans notre voix, on ne peut plus rien faire. En début de tournoi, ça allait, et puis avec la pluie, le froid, etc., on peut vite tomber malade, alors on se traite. Là, je prends des pastilles de Lysopaïne, histoire de pouvoir parler le lendemain. Si un matin, tu te réveilles, et tu ne peux plus parler, t’es bon pour rester au lit.

Sens-tu qu’au fil du tournoi, tes cordes vocales commencent à fatiguer ?
Oui, il y a des moments où on sent que notre voix a un peu de mal à sortir. C’est pour ça qu’on essaie de faire en sorte qu’elle ne parte pas de la gorge, mais, comme pour les chanteurs, du ventre, de la poitrine. Parce que si on ne parle que de la gorge, on s’irrite facilement la voix.

Le premier cri du match a-t-il une importance particulière ?
Il n’a pas vraiment d’importance, mais c’est un peu ton cri-repère. Tu sais si t’as une bonne voix ce jour-là ou si tu vas devoir forcer.

As-tu la peur du cri qui déraille, qui part dans les aigus, ou qui ne sort pas ?
Parfois, on le redoute. Quand on commence à avoir mal à la gorge, on se dit que le suivant risque de ne pas sortir. Ça m’est arrivé une fois. Je voulais crier “FAUTE !”, et j’ai crié “faute”, rien n’est sorti. Mais c’était sur une balle assez loin, donc ça n’a pas eu trop d’incidence. Et puis j’ai tout de suite tendu le bras, derrière, pour confirmer.

Et la crainte de se faire charrier par le public, parfois taquin ?
Un peu, de temps en temps. Mais les spectateurs ne sont pas très réactifs à nos cris, à part si on a des cris très particuliers. Ce qui les fait rire, c’est quand on se prend une balle sur un service. Mais sur les cris, non, on n’est pas trop gêné. Bon, quand on passe du Central à un petit court, pendant les premiers jeux, on a tendance à crier un peu fort, le temps de se régler, et c’est vrai que le public réagit parfois.

On a parfois l’impression que certains jugent crient plus fort que d’autres.
Plus la balle est proche de la ligne, plus on crie fort. Si la balle est loin, les joueurs vont s’arrêter d’eux-mêmes, alors que si elle est très proche de la ligne, il faut que ce soit nous qui arrêtions le point, donc il faut vraiment crier le plus fort possible. Même une balle qui sort en tribunes, ou qui sort du stade, il faut l’annoncer. Pas forcément gueuler comme si elle était à un centimètre de la ligne, mais il faut l’annoncer et confirmer en tendant le bras.

“A LA FIN DE ROLAND-GARROS, ON PEUT AVOIR DES BLEUS”

Combien de cris lances-tu par match ?
Aucune idée. Ça dépend des lignes. Sur certaines, on bosse beaucoup plus que d’autres.

Chaque juge a-t-il une ligne de prédilection ?
Il faut être apte à faire toutes les lignes. Au fil du tournoi, on est amenés à faire plusieurs lignes, mais c’est vrai que, souvent, on arrive à faire plusieurs jours d’affilée la même ligne, ça évite de se dérégler. A Wimbledon ou à l’US Open, les juges changent de ligne dans la journée. Ici jamais. Le matin, on récupère notre numéro de court et notre ligne, et on n’en change pas de la journée. Mais le lendemain, tu peux être sur un autre court sur une autre ligne.

La ligne de service est-elle la plus dure à juger ?
C’est là que les balles arrivent le plus vite. Chaque ligne a sa technique particulière. Sur la ligne de service, quand le joueur lance la balle, au moment où la balle est en l’air, on la lâche du regard, on se fixe sur la ligne, et on voit juste la balle arriver. Sur la ligne de fond, on suit la balle du regard, et juste avant qu’elle ne tape le sol, quand elle est à 50 centimètres de l’impact, on arrête de la suivre, et on se fixe sur le point où elle peut toucher près de la ligne. Et sur les longues [les lignes des couloirs], on suit la balle de bout en bout.

Arrives-tu à suivre un peu le match où tu officies ?
Disons qu’on ne voit pas du tout le match comme un spectateur, mais on peut apprécier quand il y a des beaux points. Quand tu es sur le fond, si tu vois que la balle va être courte, tu restes concentré parce qu’à tout moment, tu peux avoir une balle qui arrive sur ta ligne, mais tu arrives à suivre l’échange.

Ça t’arrive de t’ennuyer pendant un match ?
On peut avoir des temps creux, parce que, pendant un moment, on n’a pas de balle sur notre ligne, ou que des balles assez loin. Mais on ne s’ennuie pas vraiment parce qu’il faut être concentré en permanence. Sur chaque point on peut avoir une balle très proche de notre ligne.

Tu ne laisses jamais ta pensée s’échapper ? Tu ne réfléchis jamais à ta liste de courses, ou à ce que tu vas aller voir au cinéma le soir ?
On évite d’y penser, et si jamais on y pense, on essaie d’oublier immédiatement et de se remettre dans le match. C’est vrai que quand on est sur un petit court, et qu’on entend qu’un Français joue sur le Suzanne-Lengen et est en train de gagner, on s’y intéresse, et puis on se dit : “Non, il ne faut pas.” Et on se remet dans son match.

T’arrive-t-il de prendre des décisions dont tu n’es pas sûr ?
Quand la balle est très, très proche de la ligne, si tu ne sais pas s’il y a de l’espace ou pas, le plus simple, c’est de ne pas interrompre l’échange. Tu ne dis rien, tu l’annonces bonne, et le point continue. Le joueur a peut-être mieux vu que toi, et pourra décider d’arrêter le jeu. Et parfois, oui, on se trompe, mais on a une annonce pour se corriger. Si je vais trop vite, la balle touche la ligne, et moi, par réflexe, ou parce que je pensais qu’elle allait sortir, je l’ai annoncée faute, je peux annoncer “correction” dans la foulée : “Faute ! Correction !” Ça va très vite. Dans ce cas, si c’était un coup gagnant et que le joueur n’a pas été gêné par notre annonce, on ne rejoue pas le point. S’il a été gêné, on le rejoue.

Est-ce que c’est vexant de se faire déjuger par l’arbitre de chaise ?
C’est vexant, mais ce qu’il faut se dire immédiatement, c’est : “Bon, celle-là je l’ai loupée, mais ce n’est pas grave, je pense à la suivante et je me reconcentre.”

Tu t’es déjà pris un balle dans la tête ?
Sur la médiane – la ligne entre les deux carrés, la ligne que tu ne juges qu’au service –, comme le joueur sert parfois pile dans notre axe, la balle finit souvent sa course dans notre direction et on n’a pas toujours le temps de se décaler. C’est difficile, parce qu’il faut juger la balle qui va très vite, et ensuite l’esquiver. Mais c’est bien, ça fait de l’adrénaline en plus. Je n’ai jamais pris de balle dans la tête, mais dans l’épaule ou les jambes, oui. A la fin de Roland-Garros, on peut avoir des bleus.

>> Lire aussi : Roland-chèros, Roland-gratos

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