#summermusings –“Fait-on vraiment plus l’amour en été ? ” …

20 Jul

Fait-on vraiment plus l’amour en été ?

19 juillet 2013 à 13:31

            Par QUENTIN GIRARD
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Positif avec les vêtements courts, les vacances et l’alcool ? Ou bien négatif avec le sable qui gratte et la sueur qui colle ? Quel est l’impact des beaux jours sur notre libido ?

Des baigneurs naturistes au lac Grillensee de Naunhof, près de Leipzig, en Allemagne, le 19 août 2012. – photo Waltraud Grubitzsch. AFP
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Les sites de vente de sextoys ou de rencontres se sont spécialisés dans l’étude scientifique un peu bidon. Il ne se passe pas un mois sans que nous, journalistes, recevions dans nos boîtes mails une nouvelle preuve que, attention, la période va être chaude/infidèle/coquine selon «un sondage très sérieux» effectué en ligne.

Pour ces entreprises, cela leur permet de se faire de la pub de manière détournée. Pour les médias, ce sont des fournisseurs inépuisables en infos «détente» et «insolites» sur le principe que c’est du sexe, donc que cela soit vrai ou pas, ce n’est pas important. Dans le genre, le dernier communiqué de Sexy Avenue, un vendeur de sextoys, place la barre très haut. Pour promouvoir un Sex Counter Ring – un hymne à la performance qui permet de calculer les allers-retours lors de l’acte et, tant qu’on y est, les calories brûlées – le site nous fait de grandes révélations.

En effet, selon eux, leur objet compte «300 à-coups par rapport sexuel», «ce qui donne 725 407 500 117 à-coups qui seront donnés cet été en multipliant les à-coups par le nombre de Français en âge d’avoir des rapports sexuels (21 millions de personnes) puis par le nombre de rapports sexuels que prévoient d’avoir les Français durant l’été». Oui, parce que selon le sondage qu’ils fournissent avec le communiqué, 77% des Français entre 20 et 64 ans (c’est un peu excluant pour les ados et les personnes retraitées), feront l’amour au moins une fois par jour (dont 32% trois fois quotidiennement).

Si trois quarts de nos compatriotes avaient vraiment un rapport sexuel chaque jour pendant l’été, la croissance serait relancée et les ventes d’antidépresseurs chuteraient. Pour augmenter cette stat des va-et-vient, on propose de multiplier par l’âge de Mandela, les foulées de Nicolas Sarkozy lors de ses meetings et la puissance développée par Froome sur un vélo. On devrait pouvoir augmenter le résultat de quelques milliards.

Peu d’études

Juillet et août seraient ainsi le bon moment pour conclure, et ce de multiples fois (il suffit aussi de regarder les magazines féminins qui nous «préparent» à ça depuis mars). A cela des raisons qui peuvent paraître «objectives» : on a plus de temps, on est en vacances donc moins stressés, on est, si on a de la chance, dans des jolis lieux qui changent du quotidien routinier, les vêtements sont plus légers, les corps sont bronzés, l’alcool coule à flot.

Mais à l’inverse, d’autres raisons «objectives» peuvent permettre de penser le contraire : le sable ça gratte, on transpire donc on colle, les multiples déplacements et les départs peuvent entraîner des difficultés de se croiser, on boit trop donc on s’endort ou tout simplement la crise empêche de partir en vacances. Bref, ce n’est pas si évident de trancher. Pour Philippe Brenot, psychiatre et thérapeute de couple, malheureusement, «il n’existe pas vraiment d’études. Il y a des choses qui viennent de petites équipes de chercheurs américains qui ont enquêté sur 300 personnes, mais ce n’est jamais vraiment représentatif».

«Dans l’espèce humaine, les rapports sexuels s’étalent sur l’ensemble de l’année et la fréquence est à peu près égale», souligne-t-il. «Avec tout de même une recrudescence au printemps, où on remarque une augmentation des hormones sexuelles mais aussi de la taille des testicules», ajoute-t-il.

«Pour certains couples, l’été peut être favorable à l’augmentation de la fréquence des rapports sexuels», estime-t-il cependant. «Le soleil, les vacances, on a une plus grande disponibilité, plus de temps à consacrer à l’autre. Le reste de l’année, en milieu urbain stressé, il peut y avoir un hypo désir (une libido basse, ndlr), notamment chez les femmes».

Les bébés de la Saint-Sylvestre

Les pics de natalité auraient pu être une piste également pour nous éclairer sur la question, mais avec en France une généralisation de l’utilisation des méthodes de contraception, il n’y a pas forcément de lien avec le nombre de rapports sexuels. Une étude de deux chercheurs de l’Institut national d’études démographiques, Arnaud Régnier-Loilier et Jean-Marc Rohrbasser, montre que c’est plutôt la période de fin d’année qui est favorable. «Les couples cherchant à concevoir (donc non utilisateurs d’une méthode contraceptive) sont alors probablement plus nombreux à être réunis. De ce fait, et aussi en raison des circonstances, ils sont plus nombreux à avoir des rapports sexuels au moment de la Saint-Sylvestre», expliquent-ils. Avec l’abus d’alcool et de nourriture, ces soirées seraient aussi un moment favorable pour oublier sa pilule, puisqu’on remarque une augmentation des IVG liée à cette période.

Source: Y a-t-il une saison pour faire des enfants?, Arnaud Régnier-Loilier et Jean-Marc Rohrbasser, revue Populations & sociétés, janvier 2011.

Ils sont également remontés dans le temps. «Au XVIIe siècle en France, les naissances étaient plus nombreuses entre janvier et avril et, à l’inverse, moins fréquentes entre mai et décembre», racontent-ils. Donc à une époque sans contraception vraiment efficace, le printemps et l’été pouvaient paraître favorable à la bagatelle. Pour les deux chercheurs, ce n’était pas lié à la météo favorable, mais à des raisons culturelles et religieuses. «Le pic de conceptions de mai-juin s’explique en partie par la reprise des rapports sexuels au sortir du carême, mais aussi par une recrudescence des mariages, ceux-ci étant également proscrits pendant cette période», jugent-ils ainsi.

Hier et aujourd’hui, plus que la météo ce serait donc le temps et la disponibilité qui influent sur la fréquence des rapports sexuels. L’été pour cela est une bonne période, mais les grands week-ends de mai ou les vacances de Noël se défendent bien.

Ce que l’on connaît plus précisément en revanche, c’est le nombre de rapports moyens. Et là malheureusement on est bien loin des 77% des Français faisant l’amour tous les jours de Sexy Avenue. Le nombre moyen de rapports sexuels est de 8,7 par mois pour les deux sexes selon l’importante Enquête sur la sexualité en France de Nathalie Bajos et Michel Bozon, soit une fois tous les 3,5 jours environ, deux fois par semaine. Ces résultats sont sensiblement les mêmes que ceux de deux premières enquêtes menées en 1970 et 1992. A croire que l’hypersexualisation supposée et parfois dénoncée de notre société ne nous a pas transformés en lapin Duracell insatiable du cul.

Suivez l’actualité des sexualités et des genres de Libération et d’ailleurs sur notre page Facebook «Libération sexuel».

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