best of: –“Si vous pensez que Federer doit prendre sa retraite, vous vous trompez lourdement “…

30 Oct

 32 ans, Roger Federer croit encore en son destin malgré une saison sans vrai temps fort pour lui. Mais l’heure de la retraite n’a pas encore sonné.

Federer, pendant sa finale perdue contre Del Potro, à Bâle le 27 octobre 2013.  REUTERS/Arnd Wiegmann– Federer, pendant sa finale perdue contre Del Potro, à Bâle le 27 octobre 2013. REUTERS/Arnd Wiegmann –

Dans la carrière de Roger Federer, le BNP Paribas Masters, qui se dispute au Palais Omnisports de Paris-Bercy (POPB) du 28 octobre au 3 novembre, fera figure d’anecdote. L’histoire balaiera vite son résultat lors d’un tournoi qui, aussi important soit-il puisqu’il réunit la quasi-totalité des meilleurs mondiaux, n’est pas de ceux qui marquent vraiment un palmarès aussi glorieux que celui du champion suisse.

En revanche, à l’heure où la trajectoire du septuple vainqueur de Wimbledon, âgé de 32 ans, dessine clairement une courbe descendante, l’épreuve parisienne revêt un caractère particulier pour nombre d’observateurs et pour tous ceux qui s’inquiètent pour l’«icône», à commencer par l’armée de ses adorateurs.

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En effet, la fin du champion est proche, même si la date des adieux n’est pas encore connue. Certains de ceux qui se rendront au POPB auront même peut-être le cœur un peu serré en se demandant s’il ne s’agit pas de la dernière fois qu’ils auront l’occasion de voir Federer «en vrai» raquette en main, tant les événements pourraient se précipiter avec, heureusement, l’autre option, plus rassurante, qu’ils pourraient aussi se prolonger doucement et agréablement dans un plus ou moins long crépuscule éclairé.

Ce qui est surprenant, ce ne sont pas les signes de faiblesse

En apparence tranquille comme baptiste, Roger Federer, de son côté, regarde les commentateurs s’agiter autour de lui. Désormais relégué au 6e rang mondial, très loin du duo de tête constitué de Rafael Nadal et de Novak Djokovic, l’intéressé ne fait pas mystère de sa déception au sujet d’une saison 2013 marquée par une gêne au dos et qui ne l’a pas vu atteindre la moindre finale du Grand Chelem, une première pour lui depuis 2002. Mais il relativise superbement. Voici ce qu’il diasait il y a quelques jours, à Bâle:

«Tant que mon corps et mon esprit sont prêts à voyager, je suis heureux de faire ce que je fais. Je jouerai encore quelque temps, et ce ne sont pas six mois difficiles qui m’ont fait changer d’avis.»

Lors de ces «six mois difficiles», Federer a, sacrilège, manqué les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem pour la première fois depuis 2004. Horreur, il a perdu deux fois successivement contre des joueurs classés au-delà de la 100e mondiale.

Catastrophe, il a même osé céder en trois sets à l’US Open contre l’Espagnol Tommy Robredo, 31 ans, un «vieux» comme lui, adversaire qu’il avait pourtant vaincu 10 fois sur 10.

Pis, il vient de se séparer de son entraîneur, Paul Annacone, signe, décidément, que rien ne va plus.

Une vraie débandade pour quiconque regarderait de tels résultats avec les lunettes roses aux montures pailletées d’or posées sur le nez de ceux habitués au grand luxe des performances de Federer au cours des dix dernières années sans s’être aperçus qu’ils portaient des verres déformants. L’anormalité ne vient pas des quelques contre-performances ou péripéties de la carrière de Federer en 2013, mais plutôt du fait qu’il les a toutes évitées au plus haut niveau pendant tout ce temps.

De ce décalage de perception découle une disproportion au niveau des réactions, parfois excessives, enregistrées après les quelques récents déboires de l’homme aux 17 titres du Grand Chelem qui, en quelque sorte, n’aurait pas le droit de s’(nous) infliger semblable saison «moyenne». Et les plus pessimistes de lui conseiller de mettre au plus vite un terme à sa carrière et à cette petite agonie dont il serait indigne comme s’il n’était pas passionnant, au contraire, de regarder Federer s’ébattre dans une sorte de banalité et de nous offrir ainsi la vue sur un versant inconnu de la montagne.

Loin du chemin balisé de la victoire, le voilà empêtré sur des sentiers plus escarpés avec la volonté solidement affichée de s’en sortir.

Que veut dire «rater sa sortie» pour un champion pareil?

Soyons clairs: Federer ne nous doit rien, pas même une belle sortie, même si l’intéressé, en son for intérieur et parce qu’il a un ego forcément à la mesure de son palmarès, doit caresser ce rêve à l’image de Pete Sampras qui paracheva son œuvre en s’offrant un 14e titre majeur à l’US Open en 2002. Sauf que Sampras ne nous fit pas des adieux sur le champ, mais attendit quelques mois pour se donner le temps de la réflexion.

Au fond, chacun a le droit de vivre sa passion et son métier jusqu’au bout et comme il l’entend sachant que personne, à de très rares exceptions (Ah, Zidane) et en dehors des cercles restreints des spécialistes, se rappelle des derniers feux des champions.

La dernière course de Carl Lewis, ça vous dit? Le dernier but de Pelé? L’ultime panier de Michael Jordan? L’ultime coup de pédale de Bernard Hinault? Dans le brouillard du temps, ces images se sont presque évanouies quand elles n’ont pas été rendues floues par le revirement de quelques-uns de ces stars sorties plus tard de leur fausse retraite. Reprise d’activité qui n’a pas davantage assombri le souvenir que l’on pouvait avoir d’eux. 

En quoi, par exemple, l’aura de Michael Jordan a-t-elle été minimisée par son passage raté sur les terrains baseball ou par sa pige ultime et peut-être inutile dans les rangs des Washington Wizards? En quoi, sinon, faudrait-il ternir le bilan de Martina Navratilova sous le prétexte que, d’après certains, elle aurait joué quelques matchs de trop à plus de 40 ans? Ou remettre en cause le bilan de Michael Schumacher qui aurait prétendument pu faire l’économie d’un retour en Formule 1 au volant d’une Mercedes insuffisamment performante?

Il n’y a pas de «recette miracle» pour tourner la page, comme l’illustrent les retraites hésitantes de ces champions soumis aux émotions relevant de l’addiction que procure le sport de très haut niveau. Roger Federer est trop vieux pour pouvoir imaginer arrêter et revenir plus tard. Il est sincèrement convaincu qu’il peut encore accrocher un 18e titre majeur à son palmarès et il y croira jusqu’au bout de sa dernière participation à un tournoi du Grand Chelem en dépit de couacs ici ou là et des commentaires qui les accompagneront. Personne n’a le droit de lui contester cette liberté.

Il n’est même pas obligé de nous dire au revoir comme John McEnroe, Jimmy Connors et Yannick Noah qui ne nous avaient jamais confié qu’ils s’en allaient…

Yannick Cochennec

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One Response to “best of: –“Si vous pensez que Federer doit prendre sa retraite, vous vous trompez lourdement “…”

  1. jonwadier October 12, 2014 at 8:26 am #

    Reblogged this on " Un si long Voyage " and commented:

    Federer -w/great moments—
    -again and again

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