#Poetry-” And spring brought me the dreadful laugh of the idiot. ” =”Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot. ” …

24 Dec

Prologue de Une saison en enfer

“Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié !
Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.
J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot.
Or, tout dernièrement, m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher le clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.
La charité est cette clef. – Cette inspiration prouve que j’ai rêvé !
“Tu resteras hyène, etc…,” se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. “Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux.”
Ah ! j’en ai trop pris : – Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée ! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l’écrivain l’absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache des quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

Arthur Rimbaud

http://www.bacdefrancais.net/prologue-saison-en-enfer-rimbaud.php

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A Season in Hell – Prologue

 

(Une Saison en Enfer)

 

Once, if I remember rightly, my life was a feast where all hearts opened, and all wines flowed.

      One evening I sat Beauty on my knees – And I found her bitter – And I reviled her.

      I armed myself against Justice.

      I fled. O sorceresses, O misery, O hatred, it was to you my treasure was entrusted!

      I managed to erase all human hope from my mind. I made the wild beast’s silent leap to strangle every joy.

      I summoned executioners to bite their gun-butts as I died. I summoned plagues, to stifle myself with sand and blood. Misfortune was my god. I stretched out in the mud. I dried myself in the breezes of crime. And I played some fine tricks on madness.

      And spring brought me the dreadful laugh of the idiot.

      Now, just lately, finding myself on the point of uttering the last croak, I thought of seeking the key to the old feast, where I might perhaps find my appetite again!

      Charity is the key – This inspiration proves I have been dreaming!

      ‘You’re a hyena still…’ the demon cries who crowned me with such delightful poppies. ‘Win death with all your appetites; your egoism, all the deadly sins.’

      Ah, I’ve practised too many! – But, dear Satan, I beg you, an eye a little less inflamed! And while awaiting my few cowardly little deeds, for you who prize in a writer the lack of descriptive or instructive skill, for you, I tear off these few hideous pages from my notebook of a damned soul.

 

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