#best of/worst of: ” Difficile d’écrire ” Régis Jauffret ” : c’est vulgaire”

16 Jan

Magazine Littéraire@maglitteraire 1 hr

DSK attaque en diffamation Régis Jauffret http://www.magazine-litteraire.com/actualite/breve/dsk-attaque-diffamation-regis-jauffret-16-01-2014-119519 …

=======Il ne restera que qqs liens de cette histoire dans qqs jours:  DSK –tout le monde connait; qui est Jauffret = c’est le même truc: un nobody qui profite de la notoriété d’un autre. 

Tout le monde n’est pas Rimbaud.

 
12/01/2014 | 14h18
 
 
DSK au tribunal de New York (16 mai 2011)

Après deux romans inspirés par des faits divers, Régis Jauffret s’attaque, avec La Ballade de Rikers Island, à l’affaire DSK et prend parti. Mais pour qui ? Rencontre.

L’affaire DSK est le fait divers qui aura le plus – et le plus vite – inspiré les écrivains. Il y a eu l’illisible Chaos brûlant de Stéphane Zagdanski, l’ego-trip Belle et Bête de Marcela Iacub, et Marc Weitzmann en a tiré prétexte à l’analyse d’une certaine classe sociale parisienne dans Une matière inflammable. Sans même parler du Bal des hypocrites de Tristane Banon, des kilomètres d’articles et des livres de journalistes, on avouerait presque une certaine lassitude en recevant le nouveau roman de Régis Jauffret : que pouvait-il dire de plus, aujourd’hui, avec sa Ballade de Rikers Island, qui n’ait déjà été dit, voire redit ? Dans Sévère (autour du meurtre d’Edouard Stern) et Claustria (l’affaire Fritzl), son écriture volait au secours de ce qui ne pouvait être dit par les médias parce qu’impossible à affirmer : les pensées de la tueuse pour l’un, les années passées enfermée dans une cave pour l’autre. Mais là ? Régis Jauffret y dévoile son regard, et peut-être le nôtre en même temps, sur des détails moins discutés à l’époque mais qui, vus au prisme de la distance et d’une enquête qui l’a mené sur les traces de Nafissatou Diallo en Afrique et dans une suite du Sofitel à New York, approfondissent l’histoire. Pas de révélations chocs, donc. Mais un point de vue décalé, qui donne aussi à voir un “personnage” à la dérive, beau et terriblement seul : Anne Sinclair.

Pourquoi chez vous cette obsession des faits divers ?

Régis Jauffret – J’ai l’obsession de la réalité, plus que des faits divers, car c’est une forme de l’imaginaire. C’est frappant de voir comment l’information est quelque chose qu’on nous donne selon plusieurs angles. Par exemple, quand les médias accordent un poids particulier à un certain angle, on n’a pas accès à la véritable richesse de la réalité, mais seulement à l’impression d’une réalité. Il suffit de voir un sujet que l’on connaît : par exemple, si on écrit un sujet sur Les Inrocks, je suis sûr que les journalistes qui y travaillent ne reconnaîtraient pas leur journal. Dès lors, ce qui m’intéresse en tant qu’écrivain, c’est d’aller sur le terrain de l’événement. Pour ce livre, en plus de voyages à New York et en Afrique, j’ai examiné tout ce qui a été dit sur le sujet et je me suis aperçu que tout le monde a dit la même chose, mais pas tout.

Alors, qu’avez-vous découvert d’autre ?

Par exemple le fait que Nafissatou Diallo ait recraché le sperme : ça veut dire que DSK n’avait pas mis de préservatif. Or ça, personne ne l’a remarqué. Il avait eu un rapport dans la nuit, vraisemblablement non protégé, et il aurait pu contaminer Diallo avec une maladie grave, ce qui est criminel aussi. C’est étrange que personne n’ait relevé ça. J’ai fait attention aux mots. Diallo a dit : “J’ai senti un liquide âcre dans la bouche.” Alors que n’importe quelle femme aurait dit : “Il m’a éjaculé dans la bouche.” Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que probablement elle n’avait jamais fait de fellation, que son mari, sans doute musulman strict, ne le lui demandait pas. Alors qu’on nous a présenté cette femme comme une prostituée. La vérité, souvent, est dans les mots employés, et personne n’a examiné cela.

Vous terminez votre livre par une autre de ses phrases : “Est-ce que les clients ont le droit de faire tout ce qu’ils veulent avec nous ?” Pourquoi ?

Je voulais terminer mon roman par cette phrase parce que personne ne pouvait en inventer une pareille. Cette phrase dit que Diallo est une Africaine émigrée, qui ne sait pas que cette personne n’a pas le droit. Elle passe son temps à dire “I gonna lose my job, I gonna lose my job”. Pourquoi ? Parce qu’elle se pense en faute. Alors que DSK ne s’est rendu compte de rien, vraiment de rien. En ce sens, on peut parler d’innocence totale, comme on parle de l’innocence d’une andouille. Faire le voyage en Afrique m’a permis de voir que ça existe encore aujourd’hui : les femmes n’y ont aucun statut. Si elles se font violer, c’est de leur faute, et on les rejette parce qu’elles portent le déshonneur. Voilà d’où vient Diallo. Elle est peule, et en peul, le mot “viol” n’existe même pas. Quand un mot n’existe pas, ça veut dire que pour un peuple, l’acte en tant que tel est nié. Les filles travaillent dès l’enfance, elles sont maintenues dans un état d’analphabétisme, parce que c’est plus pratique. Diallo est analphabète.

Dans cette affaire, on vous sent constamment du côté des femmes…

Quand je vois les choses, je ne suis ni féministe ni pas féministe, mes réactions relèvent juste de l’humanisme. Quand je me penche sur un sujet, j’étudie tout. Un temps, j’ai même tenu compte des théories du complot, mais c’est tellement absurde qu’on se demande comment les médias ont pu les colporter. Le fait d’aller à New York, d’y occuper une suite au Sofitel même, m’a permis de réaliser que ce que l’on avait dit des femmes de ménage qui vont toujours par deux dans les chambres – ce qui étonnamment n’a jamais été vérifié par un journaliste – est faux. J’ai vu de mes yeux qu’elles entrent seules dans les chambres. Donc Diallo n’était pas en faute. Ensuite, on a dit qu’elle avait fait ça pour se faire un peu d’argent en plus. Or elle gagnait 3 000 dollars par mois : pourquoi aurait-elle accepté un pourboire de 50 ou 100 dollars pour une fellation ? On a dit ça parce qu’elle est noire, africaine, on n’aurait jamais dit ça d’une Blanche. Toute la réception de cette affaire a relevé d’un racisme inouï. Quant à la thèse du désir : 1) DSK n’est pas un adonis. 2) Diallo est excisée, elle ne peut plus ressentir de plaisir.

On vous sent encore très énervé par cette histoire. Qu’est-ce qui vous indigne le plus ?

Je suis épouvanté par cette façon raciste avec laquelle on a considéré toute cette histoire. En plus, comme par hasard, Diallo vient de Guinée, une ancienne colonie française. Elle vient d’un pays où, pour une histoire comme ça, elle se serait pris une balle dans la tête par les gens de son pays. C’est une histoire colonialiste. Si on n’a pas, alors, examiné les détails dont je parle, c’est parce que nous venons du colonialisme, qu’il est encore en nous. Les éléments étaient là, mais on les a mal interprétés à cause de notre vision colonialiste. Pendant ce temps, DSK s’est présenté comme une victime, alors qu’il a bénéficié d’une batterie d’avocats et d’enquêteurs, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. L’injustice supposée envers DSK m’échappe complètement.

Le plus difficile dans l’écriture de ce livre ?

Le nommer, lui. Son nom avait été trop dit. Ecrire “DSK” aujourd’hui, c’est vulgaire.

Comment avez-vous choisi d’aborder Anne Sinclair, qui s’est retrouvée surexposée alors qu’elle n’y était pour rien ?

Pour être durassien, elle est sublime, forcément sublime. C’est une martyre. Elle a été humiliée, bafouée publiquement une première fois lorsque DSK a eu une liaison avec une économiste au FMI – une histoire qui n’a amusé que la France –, puis elle a dû subir cette deuxième humiliation. J’avais la certitude qu’au fond, elle l’avait déjà quitté, or là où elle est éblouissante, c’est qu’elle va au bout de son devoir. Je ne sais pas si on s’imagine le calvaire que cette femme a pu vivre. C’est une véritable héroïne d’aujourd’hui, victime des médias. C’est la première femme trompée dont l’image a été à ce point dupliquée, dans un contexte qui annule ce qu’elle avait été avant. Je pense que sa solitude était totale. Quoi qu’elle fasse, elle était jetée en pâture et son attitude interprétée. Ça a dû être un supplice.

Qu’est-ce que cette histoire reflète de l’époque ?

On dit que les hommes ne veulent pas se marier, mais ils ont tort : visiblement, le mariage n’engage en rien. A notre époque, les serments d’amour ne valent rien et le mariage n’empêche pas de tromper sa femme ou son mari publiquement.

9782021097597La Ballade de Rikers Island (Seuil), 448 pages, 21 €, en librairie le 16 janvier

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